Direction Sark
Ce matin départ en bateau pour l’île de Sark (Sercq en français), qui se trouve à une dizaine de kilomètres de Guernesey. Les 20 nœuds de vent sont suffisants pour créer quelques jolis creux et rendre malade une partie des passagers. L’ambiance bruyante en partant — le bateau étant rempli de lycéens allemands en visite pour la journée — laisse rapidement place au silence dès que le bateau commence à sérieusement bouger. Le port de Sark n’est pas du tout abrité. Il n’y a qu’une jetée en pierre qui permet d’amarrer le bateau mais pas de le protéger de l’état de la mer, et il continue à bien rouler au moment de poser le pied sur le quai.
Sark est un gros rocher dont les flancs aux pentes raides tombent dans la mer. C’est pour ça que le port est si démuni d’abri naturel. Pour rejoindre le village principal, il faut donc monter sur 1 km, via un sentier proche de la route réservée aux tracteurs — qui s’occupent de monter les bagages et autres marchandises. Il ne faut pas moins que cette petite marche pour me remettre des émotions de la traversée et de l’état nauséeux dans lequel elle nous a laissé.
Arrivé en haut de cette longue côte qui mène au village, on découvre un autre monde, coupé de la mer. Dans un style bien différent de Guernesey. On a l’impression de faire un saut encore un peu plus loin dans le passé. Une calèche tirée par un cheval emmène quelques touristes. Mais là où dans n’importe quel autre endroit cela ne serait qu’une attraction anachronique, ici cela paraît parfaitement approprié. Les quelques rues qui se croisent pour former le village ne sont pas goudronnées. Il n’y pas de voitures, on ne croise que des piétons, des cyclistes et quelques tracteurs. La rue principale où se trouve la majorité des commerces se nomme The Avenue. Les maisons sont assez petites, de plain-pied ou au plus avec un étage, et basses de plafond. Les vélos sont posés le long des murs sans antivols. Les portes ne sont pas plus fermées à clé. Si ce n’était pour les vêtements portés par les personnes que je croise et qui ont des coupes et des textiles modernes, je pourrais me croire débarqué dans une communauté Amish. Le fait que la vie humaine se concentre au centre de l’île parce que les côtes ne sont que des falaises sans accès à la mer renforce le sentiment d’isolement et de communauté.
Avec le dernier bateau parti à 17h, le soleil déclinant et le ciel se couvrant, les rues se vident rapidement. Seul le pub local semble avoir un peu d’activité, et me permet au moins de manger car je ne suis plus dans un hôtel, mais dans une guesthouse qui ne propose pas de dîner.