Hauteville House
En décembre 1851, fuyant le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, Victor Hugo arrive en Belgique. Ainsi commence son exil, qui le conduira ensuite à Jersey puis à Guernesey où il arrive en octobre 1855.
Six mois plus tard, il achètera une maison sur les hauteurs de la ville, avec une belle vue dégagée sur le port et sur la mer. Il la nommera : Hauteville house. Juliette Drouet, sa maîtresse qui l’a suivi partout au cours de sa vie s’installera dans la même rue, à quelques maisons de là.
En faisant l’acquisition de cette maison, il mettait un terme à son exil car la loi locale interdit de contraindre à l’exil un propriétaire immobilier.
La maison de Guernesey sort toute entière des Contemplations. Depuis la première poutre jusqu’à la dernière tuile, Les Contemplations paieront tout. Ce livre m’a donné un toit. Victor Hugo
Imaginerions-nous cela de nos jours ? Quel poète de génie faudrait-il être pour que les droits d’auteur d’un recueil permettent à eux seuls de se payer une maison ? Qui plus est une maison de 3 étages à Guernesey, avec vue sur la mer.
Cette maison m’apprend que Victor Hugo était loin de n’être qu’un homme de lettres. S’il n’a pas construit cette maison lui-même, il a aménagé beaucoup de pièces à son image, dessinant des plans, peignant des tableaux ou des éléments de décoration.
Chaque pièce, chaque élément du mobilier n’a pas qu’une fonction utilitaire ou esthétique, mais a aussi une portée symbolique. Dans la salle à manger, au-delà de la table et des six chaises se trouve aussi une sorte de trône, afin que les morts de la famille Hugo puissent prendre part au repas. De l’autre côté de la pièce se trouvent plusieurs bancs contre les murs pour les enfants pauvres de Guernesey auxquels il ouvrait la porte. Il leur offrait à manger, les observait, les interrogeait, et s’est servi de cela pour écrire certains enfants pauvres des Misérables.
Des maximes inscrites dans toutes les pièces de la maison reflètent ses convictions et ses engagements. En voici quelques-unes.
Bon roy, roy qui s’en va
Crosse d’or évêque de bois, crosse de bois évêque d’or
Ad augusta per angusta (par des voies étroites vers des buts élevés)
Le peuple est petit mais il sera grand dans tes bras sacrés ô mère féconde ô liberté sainte au pas conquérant tu portes l’enfant qui porte le monde
Ces messages habillent des meubles d’un bois très sombre et quelque peu austère. Au premier étage se trouvent des salons beaucoup plus lumineux, à la décoration plus orientalisante. Cela reste malgré tout assez chargé, avec tableaux et tapisseries au mur et au plafond.
Au second on trouve sa bibliothèque et sa salle au trésor, celle qui accueillait ses manuscrits et son testament, ainsi qu’un immense lit à baldaquin. Mais ce n’est pas là qu’il dormait. Sa chambre se trouve en effet au dernier étage, c’est une pièce très modeste, la plus petite de toute. Il n’y a qu’une banquette à même le sol et un vague cabinet de toilette. Elle donne sur une terrasse toute vitrée face à la mer, où se trouvait son poste d’écriture. Debout.
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Je ne sais pas exactement ce qu’est l’établissement dans lequel je suis. C’est à la fois un hôtel 3 étoiles, un lieu avec des salles de conférences et des bureaux avec des gens qui y travaillent en journée. Les horaires des messes sont affichés à l’accueil et une immense croix est exposée dans le jardin. Il est probable qu’il y ait une certaine affiliation religieuse. Je n’avais pas noté ça initialement, mais comme chaque jour dans ma chambre s’opère de petits miracles, je fais progressivement le lien. En effet, la tasse que j’utilise chaque jour est nettoyée et remise sur le plateau. Le biscuit que je mange la veille réapparaît à la même place le lendemain. De même pour la bouteille d’eau que je prends avec moi le matin, une nouvelle la remplace exactement à la même place. Le journal de la veille se déplace dans la corbeille, et celui du jour m’attend sur mon lit.
Me voilà plein de foi.