L'île de Herm

Îles Anglo-Normandes
19 avril 2026

Je franchis une nouvelle étape dans mon assimilation anglaise. Me voilà avec un avocat écrasé sur des brown toast avec 2 œufs pochés. L’avocat est légèrement citronné, les œufs cuits à point. C’est étonnamment très bon dès le petit matin. Tout cela est accompagné de thé, et je constate avec curiosité que si c’est une institution ici — on vous en propose partout tout le temps —, c’est en revanche toujours le même. Dans n’importe quel café sans prétention en France, on vous laissera choisir entre au moins 2 ou 3 variétés, fussent elles un peu artificielles et sans réelle différence. Ici c’est le breakfast tea. Point.

Le grand soleil du jour et les prévisions moins heureuses pour les jours suivants m’ont fait changer mes plans. Tant pis pour le repos, il attendra demain. Direction la petite île voisine de Herm. J’avais peur de la foule car nous sommes dimanche, mais finalement le bateau est loin d’être plein. Ça parle un peu français, mais la majorité des touristes sont des touristes anglais.

Herm est une petite île qui dépend de Guernesey, et qui se trouve à 5km à l’est. C’est une île sans voiture et avec très peu de résidents. Les paysages sont très proches de ce que j’ai vu pour l’instant, à une échelle plus petite. On passe de l’estran rocheux à la plage de sable fin puis aux falaises très rapidement. Il n’y a en revanche aucun des bunkers qu’on trouve en nombre sur Guernesey. Et toujours ces mêmes couleurs de la roche soumise à la marée, du noir tout en bas au vert en passant par le blanc et le jaune et le orange.

Au nord-est de l’île se trouve une très longue plage, d’un sable clair, et qui s’agrandit à mesure que la marée descend. Sur l’arrière, un talus herbeux la protège du vent et apporte un contraste de couleur. Je m’arrête pour manger dans ce lieu digne d’une carte postale. Quoi de mieux que d’apaiser une faim qu’on avait oublié avoir, au soleil de midi, avec une petite brise, face à la mer, assis sur un banc après des heures de marche, entouré de quelques paisibles retraités anglais ?

Celui qui mange est heureux ; celui qui digère est plus heureux ; celui qui sommeille en digérant est plus heureux encore. Tout le reste n’est que vanité et impatience d’esprit. Le mortel fortuné est celui qui, chaudement roulé en boule et le ventre plein, sent son estomac qui opère et sa peau qui s’épanouit. Hippolyte Taine, Vie et opinions philosophiques d’un chat

Le petit port qui a permis notre débarquement à l’aller n’est plus en mesure de nous faire embarquer pour le retour, faute d’eau. Il est complètement à sec à cause de la marée, c’est toujours impressionnant de voir une telle amplitude. Où est passée la masse d’eau qui supportait notre bateau tout à l’heure ? Quel dieu assoiffé a avalé toute cette eau ? Il y a heureusement un point d’embarquement secondaire pour ces cas-là.

En rentrant à l’hôtel, le journal local m’attend sur mon lit. Les annonces de décès, les offres d’emploi, la liste des activités que proposent les associations dans la semaine à venir. Le club de marche pour les plus de 50 ans, les activités pour les enfants, etc. Sur une île de 62000 habitants, cela semble moins anachronique qu’il n’y paraît. Il y a aussi une page religion avec le passage de la Bible de la semaine. Le révérend de l’église locale vous explique qu’on n’a pas tous le même chemin, mais qu’on partage la même route. Entre les cyclistes, les gens en voiture qui vont travailler, les promeneurs, les joggeurs, les motards ou encore les conducteurs de bus. On accepte tout le monde sur la route, et il convient de faire attention aux autres usagers.

Photos
(cliquez pour agrandir)