Le luxe de Jersey
J’y avais échappé jusqu’à présent, mais voilà qu’il me rattrape. Le Full English breakfast. Je suis dans un B&B plus classique et moins chic (c’est l’un des avantages du cosmopolitisme, il n’y a pas que des hôtels 3 étoiles). Et j’ai donc droit au haricot blanc, aux saucisses, au bacon, aux œufs et à la tomate. Le seul choix qui m’est donné est la cuisson des œufs. Bref, ce n’est pas un petit-déjeuner qui m’inspire la joie de vivre.
Je me laisse porter par la côte, le long de la St Aubin’s Bay. Nous voilà encore à marée basse, avec une immense plage de sable de près de 5 kilomètres. Et même en sortant de la ville rien n’y fait. L’ambiance me semble bien différente de Guernesey. Ici toutes les maisons le long de la côte sont récentes. Il n’y a rien du charme qu’on pouvait trouver à Saint-Pierre-Port, pas de rues tortueuses, pas de murs en pierre, pas de fleurs qui poussent dans les interstices de ce monde moderne.
En suivant comme je peux le coastal path, je constate un peu la même chose. Il y a plus de vie humaine ici. Et beaucoup plus de luxe. Si on exclut les îles privées, ce luxe-là n’était que très rarement visible. Ici il est partout. Voitures de sport ou énormes SUV rutilants, villas somptueuses proches de la mer. Je ne sais pas d’où vient cette différence avec Guernesey. J’ai vu que le gouvernement de Jersey a mis en place depuis des dizaines d’années un programme pour attirer les ultra-riches en leur promettant un très faible taux d’imposition (High Value Residency programme), mais ce n’est sûrement pas la seule explication.
Il y a proche de ma chambre un ancien cimetière. Je l’avais déjà pressenti à une autre occasion par le passé, mais c’est confirmé. J’adore les cimetières anglais. Premièrement ils ne sont pas fermés. Il y a bien une grille d’un côté, mais il n’y a aucun horaire indiqué et elle semble toujours ouverte. Et il y a également deux autres entrées sans prétention qui donnent directement sur la rue. On y entre comme si on changeait de trottoir, comme si on prenait à droite au lieu de prendre à gauche au bout de la rue. Deuxièmement parce qu’en tant que cimetière protestant il n’y a pas de concours à qui aura le plus beau marbre. Il n’y a que la pierre tombale qui sobrement rappelle qui est enterré là. Et puisqu’il n’y a pas de marbre, il y a de la terre sur les tombes, donc de la végétation, donc des fleurs. Cela donne un cimetière tellement vivant, où les morts ne sont pas au froid dans leur tombeau. Je n’ai encore jamais osé prendre des photos dans ces cimetières, peut-être le ferais-je ces prochains jours. Personne ne visite ces lieux-là. Et pourtant combien ils sont apaisants. Cela tient aux arbres immenses qui sont là, mais aussi à l’aspect d’abandon général. Avec les herbes folles, les pierres tombales dont le temps à fait disparaître les inscriptions, celles qui se sont affaissées et penchent dangereusement.
Je garderai de Saint-Hélier des souvenirs bien plus marquants de son cimetière que de sa plage.