Parc naturel
Dans son livre Renoncer au voyage qui me suit pour cette fin de voyage, Juliette Morice parle du haut et du bas. Du haut qui nous attire et nous inspire de la grandeur. Et du bas qui est le quotidien terre à terre du voyage. Et ce matin il me semble que je suis là-dedans. À chercher quels bus prendre pour me rendre à tel endroit, à calculer les itinéraires, les ajuster en fonction de l’heure. Je ne suis plus à me lever et partir droit devant sans me poser de question comme je l’ai fait hier encore ou comme je le faisais sur Guernesey.
Quel est le mot qui à l’espace est l’anachronisme pour le temps ? Notre bus à 2 étages parfaitement à l’aise dans les avenues londoniennes me semble bien ce mot là ici au milieu de la campagne jersiaise. Les routes sont déjà bien peu larges même pour des voitures. Souvent nous sommes contraints de nous arrêter pour permettre le croisement avec un autre véhicule.
Je débarque à l’Étacq, et poursuit à pied le long de la côte Nord. Quelle diversité avec Saint-Hélier, et les baies de la côte sud que j’ai vues hier. Les paysages ont des airs beaucoup plus proches de Guernesey : de la nature sauvage et des bunkers. En octobre 2009, 7000 personnes se sont mobilisées pour faire une chaîne humaine sur ces plages afin de réclamer la protection du littoral menacé par les projets immobiliers. Et elles ont été entendues. Un parc national a été créé pour protéger une partie importante de la côte jersiaise. Merci à ces 7000 personnes.
En continuant sur la côte, j’entends au loin des coups de feu un peu inquiétants, et me demande si c’est toujours la période de la chasse. Mais je comprends en me rapprochant qu’il ne s’agit pas de chasseur, mais d’hommes qui tirent au fusil sur des assiettes en argile lancées en l’air. C’est un sport qui pourrait sortir tout droit d’un sketch des Monty Python, et qui pourrait s’appeler Ministry of silly sports. Il s’agit du ball-trap. Et il y a plusieurs terrains qui se suivent. Et les coups de feu de l’un répondent en écho à ceux de l’autre. Se dressent sur la route qui les borde les drapeaux rouges qui à l’unisson crient : You shall not pass.
C’est que le parc naturel malheureusement ne s’étend pas partout sur la côte nord. Entre ça, les carrières, les terrains de motocross, la fin de parcours n’est pas du niveau du début. Et moi qui étais rabiboché avec Jersey, me voilà à nouveau un peu déçu. Je réalise que le vélo est peut-être le meilleur moyen de découvrir l’île. Les distances sont plus grandes qu’à Guernesey et l’aménagement adapté au vélo. Et cela permet de passer rapidement les passages moins intéressants à l’intérieur des terres.