Little Sark

Îles Anglo-Normandes
24 avril 2026

Mon assimilation anglaise est terminée. Je bois mon breakfast tea avec des œufs brouillés, mange mon croissant et mes céréales en trouvant cela tout à fait normal.

Si j’ai plutôt exploré l’île d’Est en Ouest hier, ce sera du Nord au Sud aujourd’hui, pour voir les rares endroits que je n’ai pas encore vus. Il n’existe pas de cliff path qui fasse le tour de l’île ici, mais qu’importe, on se laisse simplement porter par les différents sentiers, la sérendipité s’occupe du reste et nous offre quelques petites plages perdues au fond de certaines baies ou des vues dégagées sur la côte et sur les îles alentours. Il n’est nul besoin de carte tant l’île est petite. Une heure suffit pour la traverser à pied.

L’Étac, la Gourne, Becqhou, ces noms deviennent rapidement familiers à mesure qu’on parcourt l’île tant elle est petite et ces îlots présents. On en voit en effet toujours au moins un depuis la côte. Ce sont des bons points de repères pour s’orienter.

Depuis la façade ouest, on aperçoit Guernesey avec Saint-Pierre-Port en son centre. Être sur Sark avec ses 500 habitants, son église et son pub, et avoir 7 miles de recul pour contempler de loin Guernesey, me donne une impression bien différente de quand j’étais là-bas. C’est presque obscène de voir tous ces bâtiments amassés les uns sur les autres. Comme si c’était déplacé d’avoir marqué ainsi le paysage, inapproprié sur une île aussi verdoyante partout ailleurs.

Sark nous fait oublier très vite à quoi ressemble une ville. Il n’y a ici que très peu de maisons, elles sont regroupées dans The village. Il n’y a pas de grandes propriétés luxueuses qui se seraient appropriées une partie du territoire et l’auraient clôturé. Il y a à peine quelques hôtels et restaurants, fermés pour la plupart en ce début de saison.

Il y a tout de même une exception, et pas des moindres. La petite île de Brecqhou, séparée de Sark par un chenal de moins de 50m de large, est une île privée. On y aperçoit en son centre un immense château et ses dépendances. Elle est la propriété de deux milliardaires britanniques.

Port Gorey, Port à la Jument, Port du Moulins, sont autant de ports qui n’en sont pas ou plus. La toponymie des lieux laisse imaginer des temps anciens où ces lieux servaient probablement de débarcadère pour des hommes et du matériel. Tout au plus y trouve-t-on à présent une plage de galet ou une échelle visée dans la roche qui descend jusqu’à la mer. Tout au sud se trouve une presqu’île, Little Sark, reliée à la partie principale de l’île par un isthme impressionnant, La Coupée, un morceau de roche de 4 ou 5 mètres de large, avec des falaises de 60m de part et d’autre. Une route a été bâtie à cet endroit-là grâce au travail des soldats allemands juste après la libération de l’île. Un parapet a été installé par la suite; car des accidents malheureux ont eu lieu en traversant par jour de grand vent.

Little Sark est encore plus déserte que le reste de l’île, c’est une communauté dans la communauté. Il n’y a probablement plus que quelques agriculteurs qui vivent ici. Il y a peu d’arbres de ce côté-ci, tout est plus aride, et cette garrigue qui tire sur le jaune grâce aux ajoncs domine tout. Il y a aussi quelques pâturages, que traversent allègrement les sentiers contrairement à la partie principale de l’île.

Au début du XIXème siècle, et grâce à la révolution industrielle, une mine de cuivre puis d’argent est ouverte dans cette partie sud de l’île, contribuant à la richesse de Sark pendant quelques années. Étrange enfer doré pour ces mineurs que ce paysage grandiose de bleu et de lumière à l’extérieur, et qui plongeaient ensuite dans les entrailles de la terre avec des bougies au casque pour seul éclairage, descendant au péril de leur vie dans des galeries creusées jusqu’à plusieurs dizaines de mètres sous le niveau de la mer.

À l’inverse, c’est ici le paradis des enfants. Ils peuvent rentrer à pied de l’école dès leur plus jeune âge, se retrouver entre copains le soir et se promener à vélo dans des rues quasi-désertes. Pas de risques de circulation, pas de risques de mauvaises rencontres. Et un contact avec la nature très présent, encore plus la nuit. Sark est réputée pour son ciel nocturne vierge de toute pollution lumineuse. En effet comme il n’y a pas d’éclairage public, le noir complet se fait dès la fin du crépuscule. Et on peut alors voir dans le ciel la voie lactée, luxe que seul le dénuement permet.

Photos
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