Départ d'Ostende
Ostende. Station balnéaire sur la côte belge. Son casino. Ses barres d’immeubles des années 70 sur le front de mer. Ses cabines de plage bien alignées. Son immense plage de sable. C’est de là que débute ce voyage, par une matinée claire et fraîche, loin des canicules continentales.
Nous appareillons à 10 h, quittant lentement le port pour entrer dans la mer du Nord. Dès que derrière nous disparaît la côte, devant nous apparaissent des champs d’éoliennes qui tracent un chenal que nous devons suivre. Le vent souffle plein nord et nous arrive donc de face. Cela nous empêche de suivre cette route à la voile. Et quand bien même il en aurait été autrement, la navigation sous voile est interdite proche de ces installations. Nous sommes donc contraints à un premier long bord au moteur. Le commandant nous a exposé son plan, adapté à ces contraintes. Aller le plus au nord possible sur cette première journée au moteur pour gagner du temps sur la traversée, et ainsi passer du temps dans les fjords norvégiens à la fin du trajet.
Le soleil apparaît l’après-midi, et nous accorde nos premiers moments de repos. Nous pouvons retirer pour la première fois nos vestes de quart et profiter de cette ambiance bien différente de celle de ce matin. La tension du départ a été évacuée, chacun a pris ses marques sur le bateau et ses aises dans ses quartiers. La mer et la météo sont elles aussi au diapason : plus calmes et moins fraîches.
Nous apercevons par moment quelques phoques la tête hors de l’eau, qui se reposent en pleine mer et nous regardent passer, comme les vaches regardent passer les trains.
Seul l’équipage s’affaire toujours sur le pont. Car s’il n’y a pas de manœuvres à coordonner puisque nous sommes au moteur, il y a toujours de l’entretien à faire. Les matelots de quart cet après-midi grattent le vernis des balustres du gaillard d'avant, et appliquent ensuite une première couche de vernis.
Pendant ce temps, un ballet peu habituel se joue proche de nous. Un navire de guerre russe, une frégate, avance à faible allure dans la même direction que nous, suivant les champs d’éoliennes. Elle est escortée par une autre frégate, anglaise celle-ci, qui la suit de près, à gauche, à droite, puis s’éloigne un peu et se rapproche à nouveau. Nous sommes en effet proches des côtes anglaises, la présence d’un tel navire russe paraît suspecte. Dans la soirée, le navire anglais nous prévient par radio que le signal GPS a été brouillé, et que c’est là l’œuvre du navire russe. Nous le récupérerons plus tard dans la soirée quand notre chemin s’éloignera d’eux.
Combien d’incidents géopolitiques de cet ordre se déroulent chaque jour dans le monde, loin des caméras ? Sont-ce là des évènements isolés et insignifiants, ou bien ont-ils un impact sur l’ordre de marche de l’Histoire ?