Arrivée à Guernesey
Nous quittons le port alors que l’aube se lève à peine et que la silhouette caractéristique de Saint-Malo se dresse à contre-jour sur notre droite. La mer est belle, le ferry immense. Nous avançons sans effort dans cette atmosphère feutrée et brumeuse du petit matin. Cap au nord, vers Guernesey et sa capitale : Saint-Pierre-Port (ou St Peter Port en anglais).
La quiétude ne dure qu’un temps. Car peu après le départ, à l’annonce de l’ouverture de la cuisine, les effluves de bacon se répandent dans les allées, attirant les curieux. Il est 7h10 du matin. Voilà un bel aperçu de ce qui m’attend.
Moins de deux heures plus tard, une fois la douane passée, Brexit oblige, me voilà débarqué sur les quais de Saint-Pierre-Port, puis vers l’avenue qui sépare le port de la ville. De nombreux panneaux à destination des Français alertent sur la nécessité de regarder en priorité à droite en tant que piéton avant de traverser. Sage rappel, le trafic étant assez important sur cette grande artère.
Je ne commencerai à marcher autour de l’île que demain, aussi j’en profite pour explorer la ville aujourd’hui. Si son port a les pieds dans l’eau, le reste de la ville est construit à flanc de colline, lui donnant un relief très vallonné et offrant de nombreux points de vue sur la mer. Les rues sont étroites et les pentes rudes. On trouve de nombreuses venelles en escalier qui sont autant de raccourcis à travers la ville, en marge des rues pour les voitures, courant entre les murs d’enceinte de différentes propriétés. Ce sont là il me semble des marques d’une vie insulaire qui s’est longtemps construite avec moins de voitures que sur le continent.
Autre vestige du passé, le Cornet Castle, château médiéval construit jadis sur un îlot. Il est aujourd’hui relié à la côte par une longue jetée qui protège le port. Je m’installe à son sommet pour manger mon sandwich introduit illégalement sur le territoire (il est interdit d’importer des produits laitiers).
En rentrant à l’hôtel, je suis alpagué par un Anglais devant un pub, qui sous l’effet de la boisson et me voyant appareil photo au poing, me demande gentiment de venir à l’intérieur pour prendre en photo son groupe d’amis. Le temps de comprendre la demande l’un des amis en question s’en va, provoquant un vif dépit chez mon interlocuteur et la fin prématurée de notre échange.
Je rejoins finalement l’hôtel et descends au restaurant. Je crois m’être trompé d’un zéro tout à l’heure lorsque j’ai regardé les prix sur la carte. L’ambiance est douce et molletonnée, les serveurs en costard-cravate sont exagérément polis, me guident vers une table où m’attend un double jeu de couverts. On tire ma chaise pour que je m’installe. Les tables ne sont pas nombreuses et très espacées. Mais il n’y a pas erreur sur les prix, je m’en tire pour moins de 30€, soit un prix similaire à la crêperie de Saint-Malo où j’étais hier soir, et où il n’y avait ni costard ni cravate ni ambiance douce, et où je ne me suis plus senti le bienvenu une fois la fourchette posée dans mon assiette vide. Un prix, deux ambiances.