Retour en France
Avec plus de 20 nœuds de vent, on a le droit à une houle très courte pour la traversée vers Granville. Le commandant nous informe que nous sommes partis plus tôt et arriverons un peu en retard pour suivre une route censée moins faire bouger le bateau et être plus agréable pour les passagers. Mais même ainsi la traversée est bien agitée.
À quelques rangées de moi, j’admire cette femme, 40-45 ans, yeux bleus et brune rousse avec des taches de rousseur sur le visage, qui s’adresse aux enfants turbulents juste derrière elle, alors que le bateau tape dans les vagues, roule et tangue abondamment.
Il y a deux sœurs et un frère plus grand, entre 8 et 10 ans. Le frère embête ses sœurs qui jouent sur leurs téléphones alors que le sien n’a plus de batterie. Cette femme sent ça derrière elle, et au lieu d’être agacée ou tendue comme peuvent être les autres passagers dans ce moment d’attente, enfermés et ballottés de toute part pendant plus d’une heure. Elle commence à proposer un jeu de devinettes à ces enfants. Il faut choisir un animal à faire deviner, les autres posant des questions auxquelles on ne doit répondre que par oui ou par non. En une minute le contact est établi et les règles sont comprises. Et ensuite, pendant 30 minutes elle occupe ces 3 enfants et les calme, alors que leurs parents derrière n’ont pas dit un mot.
Elle n’est interrompue qu’à l’arrivée quand ses propres enfants et son mari viennent la rejoindre. Quelle énergie, quel calme, quelle compréhension. Là où la plupart des gens auraient demandé avec plus ou moins de finesse à ces enfants ou à leurs parents du calme (on commençait à sentir des regards en biais agacés), elle a pris les devants et a agi avec beaucoup de tact et d’intelligence pour apaiser la situation. Merci.
– THE END –