J5 : Vers l'infini est au-delà

Journal De Bord Transatlantique
12 août 2015

Ça tangue et ça roule bien ce matin, mon ventre commence à moyennement le supporter, et je fais moins le fier que dans la Manche. Le temps a tourné au gris dans la nuit, et il s’est même mis à pleuvoir. Mais la mer reste calme, même si on a plus le sentiment d’être remué que celui d’être bercé maintenant. J’ai du mal à rester dans ma cabine, j’ai besoin de bouger, de prendre l’air, de voir la mer pour que ça aille un peu mieux.

Je passe mon temps à contempler l’horizon et la formation des vagues, elles me donnent l’impression de montagnes qui sortent de terre, avec leurs multiples faces et leurs chocs qui en créent de nouvelles encore plus grandes. J’ai le sentiment que je pourrais passer mon temps à cela.

La planète-océan Atlantique
La planète-océan Atlantique

Je ne sais pas si c’est l’air marin qui fait ça, mais j’ai toujours très faim, et je me presse d’arriver au repas pour me restaurer comme il se doit. Le chef est français et nous prépare toujours des menus assez variés, avec entrée, plat, fromage et dessert. Il est d’ailleurs arrivé à me réconcilier avec le chou-fleur, ce n’était pas une mince affaire.
À propos d’air marin justement, je suis surpris de ne rien sentir du tout. Je ne retrouve nullement, que ce soit à quai ou en mer, cette odeur caractéristique légèrement salée.

Nous avons rendez-vous l’après-midi avec le second (tout autant sympathique que la second qui nous a quitté à Montoir) pour le briefing sécurité. Nous avons droit à une démonstration par un cadet de la combinaison de secours qui nous permet de résister au froid et de flotter sans effort. Puis nous faisons le tour du fonctionnement des différents appareils de la passerelle. Nous sommes à présent au large de l’Espagne, et le moteur a été poussé à 90% de sa capacité maximum, ce qui nous donne une vitesse de 20 nœuds. Cela va nous permettre de rattraper notre retard, et d’arriver à Pointe à Pitre lundi après-midi au lieu de mardi matin. Quand il n’y a pas de retard à rattraper, le moteur tourne moins vite pour des raisons de consommation de carburant. Mais cela n’est bien entendu pas pour les beaux yeux des passagers, mais pour la marchandise qu’il faut livrer en temps et en heure.

Le soleil revient en fin de journée, et avec lui les mouvements plus calmes du bateau. Je sors donc profiter du beau temps pour me perdre à nouveau dans cet horizon bleu et blanc, immobile mais toujours en mouvement.

Et puis ce soir nous reculons d’une heure nos montres encore une fois. Voilà donc deux journées de 25 heures l’une après l’autre (et ce n’est pas fini !). En d’autres lieux cela aurait pu être intéressant, ici nous n’avons déjà plus la même logique horaire.

Le soleil aura été timide aujourd’hui
Le soleil aura été timide aujourd’hui