J4 : On repart

Journal De Bord Transatlantique
11 août 2015

Après un détour par le petit-déjeuner et la salle de sport, on rencontre le chef mécanicien sur la passerelle qui tue le temps en enchainant les cigarettes. J’imagine qu’il n’a pas la possibilité de fumer en salle de machine, il doit venir prendre l’air tout en haut.
Il nous raconte notamment comment se passe les contrôles, et la tendance des chinois et des philippins à remplir toute la paperasse qu’il faut pour être parfaitement carrés dans leur rendu d’inspection, mais sans pour autant procéder réellement à l’inspection et au remplacement des pièces défectueuses. Il faut cocher des cases sur cette magnifique photocopie couleur ? Cochons-les donc, comme ça mon patron aura l’impression que je fais consciencieusement mon travail. Les joies de la bureaucratie.

Il nous explique aussi que le cargo embarque du matériel pour Météo France, et qu’arrivé à une certaine distance des côtes, ils gonflent des ballons sondes qu’ils laissent s’envoler. J’ai hâte de voir ça !

Un paquebot italien
Un paquebot italien

Toujours dans l’attente des dockers nous voyons arriver un énorme navire de croisière italien, qui passe sous le pont, nous dépasse, fait demi-tour puis vient se garer juste devant nous. Une dizaine de bus arrivent au pied levé sur le quai pour embarquer tous ses touristes.

Camarade, choisi ton camp !
Camarade, choisi ton camp !

La grue se réveille enfin, décharge 8 containers, ouvre le ventre de notre cargo, décharge 3 autres containers puis enfin le coupable de notre retard est sorti. 26 tonnes de porc (je vous laisse faire le calcul de la valeur du machin, en fonction du prix au kilo chez votre boucher) qu’on laisse ici car elles n’auraient pas tenu la traversée sans réfrigération. On rempile dans l’autre sens, on ferme la cale, on rempile encore, on remonte la grue, on enlève la passerelle, et hop emballé c’est pesé on s’en va.


Voilà le coupable de notre retard
Voilà le coupable de notre retard

Juste après le pont, on trouve sur notre droite les chantiers navals de Saint-Nazaire, avec deux choses intéressantes à observer. Tout d’abord le Harmony of the Seas, un paquebot en construction, qui sera le plus grand du monde avec pas moins de 360 mètres de long, et qui pourra accueillir 8000 personnes. Et puis juste après, nous avons les deux frégates Mistral commandées par les russes, et qui attendent leur heure ici.

Le Harmony of the Seas
Le Harmony of the Seas

Les frégates (en gris au milieu de la photo)
Les frégates (en gris au milieu de la photo)

La sortie du port pose moins de problème que l’entrée, et il faut simplement faire attention au trafic. Il y a quelques petits navires de pêche ou quelques voiliers qui ont des trajectoires un peu trop perpendiculaires à la nôtre au goût du capitaine et du pilote. Il faut donc envoyer quelques coups de sirène pour faire fuir les intrépides pécheurs qui ne répondent par ailleurs pas à leur radio, et les suivre aux jumelles jusqu’à ce qu’ils virent de bord. Le capitaine peste doucement, il n’y a plus de respect pour les gros, il se fait couper la route allègrement.

Le pilote continue pendant ce temps là à donner la direction au timonier en anglais, qui lui la répète pour s’assurer de la bonne compréhension. Sa barre est toute petite (plus petite qu’un volant de voiture), et j’ai du mal à comprendre le sens de leur échange. Je n’essaye plus vraiment à vrai dire, je suis concentré sur le timonier que je trouve bien patient et courageux à rester debout (il n’a pas de chaise) et à suivre à la lettre ce qu’on lui dit. Je lui trouve par ailleurs une certaine ressemblance avec Jackie Chan, la petite barbichette en plus…

Une fois en pleine mer, deux de nos compagnons passagers nous annoncent avoir vu des dauphins à nouveau, alors même que je scrutais la mer aux jumelles 5 minutes avant. Décidément, ils me fuient !

Pour finir la journée, nous avons le droit à une petite annonce en anglais, français et philippin à propos du changement d’heure à venir. Et oui, c’est aussi ça les joies du voyage en cargo d’Est en Ouest, on gagne presque tous les jours une heure de sommeil. C’est beau non ?