J11 : le Bout du monde

Journal De Bord Transatlantique
18 août 2015

Plein Est ce matin
Plein Est ce matin

Enfin un lever de soleil presque dégagé ce matin. C’est un moment particulier pour le voir, il ne sort pas de derrière un immeuble ou une colline, il sort de derrière le Bout du monde ! On le voit alors non pas comme une simple source de lumière, mais tel qu’il est vraiment : un astre. On le comprend en le voyant ainsi. On peut le regarder droit dans les yeux sans crainte, on distingue nettement sa rondeur parfaite, et surtout sa vitesse. Il croît dans le ciel à une allure folle, preuve en est qu’il tourne autour de nous. Enfin, il me semble.

Je descends prendre mon petit-déjeuner quand soudain une passagère s’écrit « Terre ! Terre ! ». Je remonte, j’attrape mes jumelles et je cours à tribord. La Terre est là ! C’est un moment d’euphorie où les passagers se massent contre le bastingage pour contempler ce petit bout de terre qui a surgi de derrière le Bout du monde. La tristesse de laisser ce monde sans fin fait place, l’espace de quelques instants, à une excitation certaine. Nous ne sommes pas perdus, nous pouvons nous accrocher à quelque chose de solide à l’horizon, nous avons trouvé ce pourquoi nous nous sommes lancés à l’aventure. J’éprouve un instant ce qu’ont dû ressentir les hommes de Christophe Colomb (ainsi que leurs prédécesseurs nordiques) en apercevant une terre après un mois de traversée, cette surprise, ce soulagement, cet émerveillement de retrouver le connu qui jaillit du néant.

Terre !
Terre !

Il s’agit de l’île de la Désirade, qui s’avance comme avant garde de l’île principale de la Guadeloupe. Peu à peu apparaissent les autres îles autour de nous, et bientôt la fin du Bout du monde se matérialise, puis nous barre la route. Il n’y a plus qu’un choix possible malheureusement, c’est celui d’accoster. L’excitation est toujours là, mais mêlée à la mélancolie de quitter le navire, de perdre cet horizon sans fin auquel on s’habitue très vite.

Pilote on board !
Pilote on board !

Commencent alors les préparatifs de l’entrée au port qui me sont maintenant presque familiers. Le pilote est déposé par un petit bateau rapide (la pilotine), il monte l’échelle de corde pour arriver à bord et rejoint aussitôt la passerelle. Puis encore ici, nous assistons au slalom entre les bouées rouges et les bouées vertes qui délimitent l’entrée au port. Et je suis encore une fois surpris par la manœuvrabilité d’un tel navire. Sous les ordres du pilote, nous prenons des virages à 90 degrés, et ça tourne très vite et très bien. Il échange an anglais avec le timonier philippin, pour lui donner soit un nouveau cap (« three zero five », soit 305, le degré d’orientation par rapport au Nord, donc ici Nord-Ouest), soit un changement d’angle par rapport au cap actuel (« Starboard 10 », tourne à droite de 10°).

Pointe-à-Pitre nous voilà !
Pointe-à-Pitre nous voilà !

La particularité ici c’est la taille réduite du port, et le fait que pour l’atteindre il faut suivre un parcours très précis qui nous fait passer tout près du port de plaisance, des plages privées et des résidences que j’imagine hautement cotées. La comparaison avec le cargo, a priori pas très glamour, est assez cocasse.

Le bout du Bout du monde
Le bout du Bout du monde

Voilà, c’est au bout de ce quai que se termine l’aventure. J’ai trouvé mon Bout du monde.