J15 : de château en château

Où j'aperçois le pacifique.

De Brest À Édimbourg
22 août 2017

Parcours : Fort William - Stirling
Distance : 155 miles (250 km)

Dernière longue journée de voyage aujourd’hui, puisqu’on rejoint Stirling qui marque la limite entre Highlands et Lowlands. Mais je m’avance un peu, avant d’en arriver là on passe par le château de Dunstaffnage. Il est posé sur un beau rocher, mais passablement en ruine.
Le temps est toujours très humide, et le Loch Linnhe qu’il faut suivre depuis Fort William est bien embrumé, ce qui lui donne forcément un côté mystérieux et attirant. C’est le charme des choses cachées que l’imagination s’empresse de révéler. Mais alors quand par un hasard on tourne la tête pour apercevoir tout proche sur le loch, entre deux arbres, un château tout inattendu qui se dresse, la vue supplémente d’un seul coup l’imagination.
Il s’agit du château de Staker, qui se trouve sur une toute petite île à quelques dizaines de brasses de la berge. L’Histoire nous apprend qu’il a changé de propriétaire à de nombreuses reprises. Le changement le plus notoire date des années 1620 quand un membre du clan Duncan, fit un pari fou au cours d’une soirée probablement trop arrosée (“drunken folly”), qui le contraint à échanger avec le clan Campbell ce château contre… un bateau.

Staker Castle Staker Castle

La géographie écossaise, avec beaucoup de montagnes, de sources et de lochs, permet des montages hydro-électriques qu’on ne trouve que rarement ailleurs. Il est par exemple possible le long du Loch Awe, de visiter une centrale de production d’électricité réversible. Le concept sur le papier est assez simple. Il y a une cavité naturelle qui sert de réservoir d’eau sous la montagne, en altitude par rapport au loch, et des galeries qui relient réservoir et loch. Et au milieu des turbines, avec la gravité qui fait son œuvre.
Jusqu’à la rien de bien fou me direz-vous, la subtilité réside dans le fait que le système peut fonctionner dans l’autre sens. C’est à dire qu’en cas de surproduction d’électricité sur le réseau écossais durant les périodes creuses, les turbines deviennent des pompes et l’eau du loch est remontée dans le réservoir. C’est une façon de répondre au problème de stockage de l’electricité, ici sous forme d’énergie potentielle de pesanteur (vive les cours de physique).

Cette centrale hydro-électrique peut démarrer en 1 minutes et 46 secondes, c’est un des avantages de ce système sur les autres. Une centrale à charbon elle nécessite plusieurs heures pour être démarrée ou éteinte, tandis que pour une centrale nucléaire l’inertie est de 3 à 4 semaines. On comprend d’où vient la surproduction durant les heures creuses que j’évoque plus haut, pour certains modes de production il n’existe simplement pas de bouton on/off.

Au nord du Loch Awe se trouve le château de Kilchurn, posé sur un rocher au-dessus des marécages environnants. Il est curieux de constater que ce château est en accès libre alors que le château de Dunstaffnage nécessitait le paiement d’une dîme pour rentrer, bien que les deux soient dans un état semblable, qu’il y ait des panneaux explicatifs des deux côtés et des aménagements en bois pour accéder aux différentes parties du château.

Kilchurn Castle Kilchurn Castle

À s’approcher de tout ces vieux bâtiments, à parcourir ces escaliers en colimaçon, à toucher les pierres, à deviner le fonctionnement de la cuisine de par la position du feu, on en devient rapidement curieux des questions d’architecture. On peut noter une chose, c’est que les murs étaient en pierre, mais que beaucoup d’éléments étaient en bois et n’ont donc pas été aussi bien conservés dans le temps. C’est le cas des charpentes, mais aussi des planchers. Dans les grands bâtiments de plusieurs étages, il ne reste comme trace de ces étages que des pierres qui dépassent des murs, et sur lesquelles venaient certainement se poser des poutres puis les planches du plancher.
Tiens, d’ailleurs en l’écrivant je me rends compte de la racine commune entre ces 2 termes. Toujours étrange de redécouvrir que les mots ne sortent pas de nulle part et ont une origine souvent très pragmatique. Bref, cela simplement pour dire que l’isolation entres les pièces les unes au-dessus des autres n’était peut-être pas la meilleure.

Concernant les marécages, c’est un écosystème qui a pratiquement disparu en France où beaucoup ont été assainis, mais il en reste en Écosse qui est très humide. Aussi ne se méfie-t-on pas quand on voit un sol relativement sec et stable. Mais il suffit de faire un pas en dehors du sentier tracé pour immédiatement le regretter. On s’enfonce de quelques centimètres, et l’eau dissimulée jusqu’alors dans le sol remonte s’infiltrer dans vos semelles.

Je continue ma route vers le Loch Lomond, le plus grand d’Écosse. Et je grimpe sur le Conic Hill qui permet d’avoir une vue d’ensemble des environs. Le sommet n’est pas haut mais on se retrouve rapidement avec la tête dans les nuages. En regardant vers le loch, j’ai l’impression soudain d’avoir devant moi un paysage de l’océan Pacifique, un archipel volcanique pris en pleine mousson. C’est peut-être dû aussi au fait que sur ces îles il y a des arbres qui ne semblent pas être des pins vu d’ici. Vous ne voyez pas la même chose ?

Le Pacifique écossais Le Pacifique écossais

J’arrive enfin à Stirling, qui est une ville de 45000 habitants, posée sur un promontoire rocheux. Les bâtiments sont relativement peu élevés, et se dégage des rues un sentiment de calme et d’espace, même dans le centre où les rues plus petites sont sinueuses.

Photos
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