J13 : retour sur le continent

Où j'ai des envies de vivre à une époque différente.

De Brest À Édimbourg
20 août 2017

Parcours : Broadford - Ratagan
Distance : 43 miles (70 km)

L’avantage d’être sur une île (autre que la Grande-Bretagne elle-même j’entends, qui est considérée ici comme le continent), c’est que partout où l’on tourne on fini toujours par tomber sur la mer. Et avec le beau temps d’aujourd’hui (traduire pas une goutte d’eau), la mer est d’un calme plat. Et on peut alors observer avec fascination les différentes textures à la surface de l’eau et les formes qu’elles dessinent, sans pour autant en comprendre les causes. Mélange probable entre densité de l’eau, courant et salinité.

Un Loch qui s'ouvre sur la mer et ses îles Un Loch qui s'ouvre sur la mer et ses îles

Mes pas me mènent jusqu’à une avancée de terre entre deux lochs, où se trouve les restes d’un croft, Suisnish. Il faut plusieurs heures à pied pour y aller ou en revenir depuis le village le plus proche, via des chemins boueux tracés par les moutons qui paissent entre les fougères. On trouve là-bas des ruines de plusieurs maisons et un bâtiment encore debout, et enfin quelques arbres plantés en ligne le long des murs. Cela me fait penser un instant à une veille bâtisse méditerranéenne entourée d’oliviers. Seules la température et la végétation sont différentes.

Les restes du croft Les restes du croft

Les nombreuses îles qui parsèment l’horizon jouent le rôle de brise-lames et sont en première ligne pour subir les aléas du climat. Ici, sur cette petite pointe de terre, nous sommes complètement à l’abri. Il n’y a pas un souffle de vent, pas une vague, pas même le son du flux et du reflux de la mer sur les rochers. Le silence est absolu. Et quand on s’en rend compte, tout soudain, cela surprend. C’est un ressenti très rare, il y a toujours un bruit lointain ça et là qui nous coupe du silence. Mais là, rien. Comme si face à l’immensité du paysage on ne pouvait qu’admirer, bouche bée.

On venant s’installer ici, ils n’ont pas choisi l’emplacement le plus moche. D’ailleurs on peut se demander si ce lieu a été choisi à l’époque sur des critères techniques et grâce aux avantages qu’il procurait (isolement face aux attaques des clans ennemis, nombreux pâturages, sources d’eau douce, etc), ou alors si des critères esthétiques liés à la beauté des lieux ont aussi pu avoir une importance. Et même pour aller plus loin, la beauté de la nature qu’on peut admirer avec nos yeux de nos jours ne vient-elle pas de notre lien avec elle qui est de plus en plus mince, et avec lequel on renoue au hasard d’un voyage ? Ou alors n’est-ce là qu’une image caricaturale des paysans rustres d’autrefois, additionnée à l’arrogance moderne de s’imaginer être les premiers et les seuls à trouver de la beauté dans la nature ?

Quoiqu’il en soit ça me donne, l’espace d’un instant, l’envie d’habiter dans ce croft à l’époque de sa pleine activité, de vivre de l’agriculture, de participer avec les voisins à la construction des maisons, de réfléchir aux meilleurs emplacements, à la conception de ses propres outils, de partir sur les routes à pied ou à cheval pour faire commerce ou avoir des nouvelles des villages alentours. Une vie en autarcie entres ses quelques maisons loin de tout, dans ce lieu tout aussi isolé que magnifique. Juste une semaine. Ou un mois, pour voir.

L’Île de Skye est reliée au “continent” par un pont depuis une vingtaine d’année. Est-ce que ça en fait toujours une île ?
Aujourd’hui j’ai fait attention pour le château du jour, le Eilean Donan Castle. Je suis arrivé dans les temps pour le visiter, avant de me rendre compte qu’on pouvait s’approcher du château gratuitement passées les heures d’ouverture. Il faut dire qu’il peut difficilement passer inaperçu, il est posé sur une île au confluent entre 3 lochs.

Eilean Donan Castle Eilean Donan Castle

Enfin l’avantage avec le ticket d’entrée c’est qu’on peut visiter l’intérieur. Et cela vaut vraiment le coup, au moins pour la magnifique salle principale où trône une longue table en bois et où le seigneur local recevait amis et ennemis. Et dans ce dernier cas, des ouvertures aménagées dans les épais murs permettaient de voir et d’entendre tout ce qui se passait dans la salle. On peut en apercevoir plusieurs au hasard de la visite, qui sont invisibles vus de l’intérieur. L’expression « les murs ont des oreilles » prend ici tout son sens.
De même que l’envie de vivre un instant comme un paysan dans le croft ce matin, il me vient l’envie d’assister à un banquet dans ce grand hall. De découvrir l’ambiance, les costumes, la lumière, les coutumes…
Ce château appartenait au clan MacEnzie qui étaient des sympathisants des Jacobins et qui ont accueilli des soldats espagnols en garnison (alliés de l’époque). Les Anglais alertés de cette présence, ont envoyé trois frégates pour les y déloger et détruire entièrement le château en faisant exploser la réserve de poudre.
Les ruines ont été rachetées deux siècles plus tard par les descendants des MacRae (alliés des MacEnzie). Ils ont engagé des travaux qui ont duré 20 ans au début du XXème siècle pour reconstruire le château à l’identique.

Sur la route, après quelques ballades celtiques sur BBC Scotland, quoi de mieux que la BO de Lord of the Rings pour goûter à la grandeur des paysages et aux intriques épiques qui se sont déroulées sur ces terres et dont il reste encore des traces ?

Photos
(cliquez pour agrandir)