J10 : escale au Canada

Où je me fais attaquer par une horde de moucherons jacobins.

De Brest À Édimbourg
17 août 2017

Parcours : Aviemore - Acheninver
Distance : 198 miles (316 km)

Longue étape encore aujourd’hui, avec une longue randonnée également. Mais avant cela, comme nous sommes proches du Loch Ness, il serait bête de passer à côté sans aller y jeter un oeil.
Et bien, ô surprise, ce n’est qu’un lac. Mais un beau lac hein, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, un lac avec de la brume en fond qui cache les kilomètres de longeur et qui apporte du mystère, la forêt tout autour pour rendre la plupart des bords inaccessibles, des vallons qui viennent s’ouvrir les uns derrière les autres à perte de vue, et puis une eau plate et calme. Bref, un beau lac. Mais un lac quoi. Je m’attendais à plus d’attrapes touristes d’ailleurs, mais bon, je n’ai rien fait pour en chercher non plus, et je n’ai pas vu la partie nord.

Pointe sud du Loch Ness Pointe sud du Loch Ness

Il y a d’un côté du lac Inverness, que je ne verrai pas cette fois-ci, et de l’autre côté au sud-ouest, Fort Augustus. C’est une ville qui porte le nom d’un fort aujourd’hui disparu et construit par les anglais dans la première moitié du XVIIIème siècle. Ce sont eux qui ont “civilisé” la région en construisant des routes militaires et des forts comme celui-ci, afin d’occuper cette région des Highlands abritant de nombreux écossais favorables au retour de la famille Stuart sur le trône d’Angleterre. Oui, parce que quand on est sur un trône, et bien on a la fâcheuse tendance à vouloir réduire à néant les prétendants pour pouvoir y rester plus longtemps, sur le trône.

Long circuit ensuite dans le Glen Affric, astucieusement nommé d’après le Loch Affric qui se trouve en son centre. Vous l’aurez compris, Glen veut dire vallée et Loch signifie lac (ou dans certain cas bras de mer qui rentre dans les terres comme un fjord). Les chemins sont parfaitement indiqués et très (trop ?) bien tracés.
Comme hier, en dehors des forêts, le sol est recouvert en grande majorité par des bruyères ornées de fleurs violettes, qui cohabitent avec quelques pins solitaires par-ci par-là.

Du violet partout Du violet partout

C’est en revanche très humide, pas tant à cause des quelques torrents à traverser (à gué ou en sautant hasardeusement sur les rochers de la rive d’en face), que de la boue et des tourbières où l’on s’enfonce de plusieurs centimètres à en perdre ses chaussures.
Et puis tant qu’on en est à parler des désagréments, il en est un autre bien plus important, dixit tous les guides de voyageurs. Ce sont les midges, moucherons naviguant en bande à la recherche de créatures vivantes pour se goinfrer de leur sang. Non porteurs de maladie, le “seul” désagrément réside dans les piqûres qu’on peut recevoir, et contre lesquelles existent tout un tas de parades. De la crème répulsive à se tartiner sur les parties exposées en allant jusqu’à la tenue complète d’apiculteur, masque grillagé compris. Il est vrai que la première fois où on y a à faire, c’est effectivement assez surprenant. Cela semble être tout d’abord une bête nuée de moucherons qu’on peut chasser d’un revers de la main. Sauf qu’ils ne partent pas si facilement une fois que vous êtes devenu leur cible. Mais, cela la première fois, on ne le sait pas. Et comme la première piqûre est un peu ridicule et tout à fait supportable, on ne se méfie pas plus que ça. C’est quand les piqûres commencent à revenir plus régulièrement et surtout sur des parties du corps plus sensibles (sur le visage), ou quand ils commencent à se perdre dans vos cheveux, qu’on est tenté de paniquer et de partir en courant les bras en l’air en laissant tout en plan, comme lorsqu’on s’approche trop près d’une ruche. Mais rassurez-vous, on ne se fait surprendre qu’une fois, et on apprend vite à contourner le problème, et à éviter les zones à risque comme ce parking au bord de l’eau sans vent. Le vent les chasse, et il suffit de marcher pour les laisser derrière soi.

Glen Affric Glen Affric

Le vent sculpte par rafales la surface du lac, qui même avec cela à l’air calme et paisible. J’ai envie de prendre un canoë pour le traverser et de me laisser porter, de m’abandonner, de ne plus être qu’un petit point au milieu de ce décor grandiose.

En redescendant, le soleil capricieux jusqu’alors sort d’entre les cieux, et au même moment se découpe un trou dans la végétation qui laisse apparaître deux licornes en train de paître lascivement entre deux bras d’eau. Vision sortie tout droit de Heroes of Might and Magic III pour les connaisseurs.

Licorne Licorne

Pour ceux qui viendraient dans le coin, le Loch Beinn a’ Mheadhoin juste à côté semble plus joli encore car on peut y passer au plus près à pied, et surtout il possède des petites îles d’un charme fou, et c’est l’image (fantasmée pour ma part) des forêts et des lacs du Canada qui me vient d’un seul coup quand je les regarde. Je ne suis pas le seul à apprécier les lieux puisqu’il y a plusieurs tentes en train d’être montées dans le coin, et aussi quelques restes de feux de camp.

Loch Beinn a' bidule Loch Beinn a' bidule

Faire de longues étapes permet de découvrir une variété plus importante de paysages, mais cela oblige parfois à se presser, surtout quand comme ce soir mon auberge est perdue au bord de la mer et qu’il est conseillé d’y arriver avant la nuit pour trouver le chemin à pied entre le parking et l’auberge. Direction Ullapool, sur la côte nord. Même si avec la dentelle que représente la côte écossaise et les innombrables îles qu’on y trouve, le concept de côte nord est assez flou.

Je découvre les routes à double sens mais sur une chaussée unique. C’est un classique de la campagne écossaise, et on s’y fait assez vite. Il y a régulièrement des emplacements de part et d’autre de la route pour laisser passer les véhicules qui arrivent en sens inverse. Cela implique d’être plus prudent et d’anticiper pour savoir si on pourra passer encore un segment ou s’il faut se ranger pour faire place au véhicule qui vient. Et puis autre nouveauté aujourd’hui aussi, l’apparition de moutons qui n’ont, eux, que faire de notre code la route, et qu’il faut faire attention à ne pas renverser non plus.

Cela me laisse tout de même le temps d’admirer le paysage et, quand on se rapproche de la mer et que les montagnes s’y jettent, c’est toujours très beau. Alors quand on y ajoute le coucher de soleil, ça devient de la poésie.

Ô soleil Ô soleil

Ce soir c’est encore une auberge des plus agréables, toute petite et située à l’écart de tout et même de la route. Sans réseau téléphonique et sans wifi. Avec une vue spectaculaire sur les Summers Islands. Et à l’intérieur, encore la chaleur humaine de ces gens qui se retrouvent après une longue journée pour manger, lire ou partager une partie d’échecs, illuminés par le poêle à bois qui brûle en toute saison ici.

Photos
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